L’occasion de revenir aujourd’hui sur
le décès d’Aimé Césaire à l’occasion de cérémonies commémorant l’abolition de l’esclavage en 1948. Ainsi le 11 mai, plusieurs associations ont défilé à Paris et ailleurs en France. Une seconde
date de célébration a été ajoutée, le 23 mai, date préférée par les Français originaires d’Outre-Mer.
Aimé Césaire, de son nom complet Aimé
Fernand David Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique) et mort le 17 avril 2008 à Fort de France, était un poète et un homme politique français. Il était l’un des fondateurs du
mouvement littéraire de la négritude et un anticolonialiste résolu.
Aimé Césaire fait partie d'une famille
de sept enfants ; son père est instituteur et sa mère couturière. Son grand-père fut le premier enseignant noir en Martinique et sa grand-mère, contrairement à beaucoup de femmes de sa
génération, savait lire et écrire ; elle enseigna très tôt à ses petits-enfants la lecture et l'écriture. De
1919 à
1924, Aimé Césaire fréquente
l'école primaire de Basse-Pointe, où son père est contrôleur des contributions, puis obtient une bourse pour le lycée
Victor Schœlcher à
Fort-de-France. En
septembre
1931, il arrive à
Paris en tant que
boursier du gouvernement
français pour entrer en classe d'hypokhâgne
au
lycée Louis-le-Grand où, dès
le premier jour, il rencontre
Léopold Sédar Senghor, avec
qui il noue une amitié qui durera jusqu'à la mort de ce dernier.
Au contact des jeunes africains
étudiant à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais
Léon Gontran Damas, qu’il
connaît depuis la Martinique, découvrent progressivement une part refoulée de leur identité, la composante
africaine, victime de
l'aliénation culturelle caractérisant les sociétés
coloniales de Martinique et
de
Guyane.
En septembre
1934, Césaire fonde, avec
d’autres étudiants antillo-guyanais et africains (parmi lesquels Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen
Guy Tirolien, les
Sénégalais
Léopold Sédar Senghor et
Birago Diop), le
journal
L'étudiant noir. C’est
dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « Négritude ».
Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du
système colonial français,
vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et à promouvoir l’Afrique et sa culture, dévalorisées par le
racisme issu de
l'idéologie
colonialiste.
Construit contre l'idéologie coloniale
française de l'époque, le projet de la Négritude est plus
culturel que
politique. Il s’agit, au
delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un
humanisme actif et concret,
à destination de tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».
La situation martiniquaise à la fin
des
années 1930 est celle d'un
pays en proie à une aliénation culturelle profonde, les élites privilégiant avant tout les références arrivant de la France, métropole coloniale. En matière de littérature, les rares ouvrages
martiniquais de l'époque vont jusqu'à revêtir un exotisme de bon aloi, pastichant le regard extérieur manifeste dans les quelques livres français mentionnant la Martinique. Ce
doudouisme, dont des auteurs
tels que
Mayotte Capécia sont les
tenants, allait nettement alimenter les clichés frappant la population martiniquaise.
C'est en réaction contre cette
situation que le couple Césaire, épaulé par d'autres intellectuels martiniquais comme
René Ménil,
Georges Gratiant et
Aristide Maugée, fonde
en
1941 la revue
Tropiques. Alors que
la
Seconde Guerre mondiale provoque le
blocus de la Martinique par
les États-Unis (qui ne font pas confiance au régime de collaboration de
Vichy), les conditions de
vie sur place se dégradent. Le régime instauré par l’Amiral
Robert, envoyé spécial du
gouvernement de Vichy, est raciste et répressif. Dans les communes, les élus de couleur sont déposés et remplacés par des représentants des békés (descendants des colons). Dans ce contexte, la
censure vise directement la revue Tropiques, qui paraîtra, avec difficulté, jusqu’en
1943.
Sa pensée et sa poésie ont également
nettement marqué les intellectuels africains et noirs américains en lutte contre la colonisation et l'acculturation.
En
1945, Aimé Césaire, coopté
par les élites
communistes qui voient en
lui le symbole d'un renouveau, est élu
maire de
Fort-de-France. Dans la
foulée, il est également élu
député, mandat qu'il
conservera sans interruption jusqu'en
1993. Son mandat, compte
tenu de la situation économique et sociale d'une Martinique exsangue après des années de blocus et l'effondrement de l'industrie sucrière, est d'obtenir la
départementalisation de la
Martinique en
1946.
En
1947 Césaire crée
avec
Alioune Diop la revue
Présence africaine.
En
1948 paraît l'Anthologie
de la nouvelle poésie nègre et malgache, préfacée par
Jean-Paul Sartre, qui
consacre le mouvement de la « négritude ».
En
1950, il publie
Discours sur le colonialisme, où il met en exergue l'étroite parenté qu'il
existe selon lui entre
nazisme et
colonialisme. Il y écrit
entre autre choses :
« Oui, il vaudrait la peine d'étudier,
cliniquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu'il porte en lui un
Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il le vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en
soi, le crime contre l'homme, ce n'est pas l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, c'est l'humiliation contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des
procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique [...] »
Jusqu'à sa mort,
Aimé Césaire a toujours été sollicité et influent. On notera sa réaction à la
loi française du 23 février 2005 sur les aspects positifs de la
colonisation qu'il faudrait évoquer dans les programmes scolaires, loi dont il dénonce la lettre et l'esprit et qui l'amène à refuser de recevoir
Nicolas Sarkozy. En mars 2006, Aimé Césaire
revient sur sa décision et reçoit Nicolas Sarkozy puisque l'un des articles les plus controversés de la loi du 23 février 2005 a été abrogé.